BOULIMIE D’OBJETS : « J’AI DONC JE SUIS » ?

C’est quand le déménagement demande finalement BEAUCOUP plus de cartons que prévu qu’on se rend compte à quel point nous accumulons. Nous sommes constamment entourés d’objets : il y en a de partout dans notre salon, nos placards, nos caves… et nous n’y prêtons même plus attention car, finalement, chaque objet a sa place et c’est « normal ». Cette tendance à l’accumulation est un trait caractéristique de notre société. Mais pourquoi, qui, quand, comment ? Enquête sur la « boulimie d’objets ».

Qui sont les « boulimiques d’objets » ?

D’un point de vue psychologique 

Sortons les grands mots : les boulimiques d’objets sont tous des procrastinateurs et des matérialistes au sens littéral du terme. Ils remettent toujours au lendemain le fait de jeter un objet et ont l’impression d’exister socialement et personnellement à travers cette possession.

On peut classer nos gardeurs d’objets en trois catégories :

–       Les nostalgiques : ce sont les « gardeurs sentimentaux ». Se séparer d’un objet équivaut à perdre une partie d’eux-mêmes, même si l’objet en question n’a plus aucune utilité. Et on l’est tous un peu ! On a tous un vieux jean ou une babiole qu’on ne veut pas jeter parce que « Oh, non, pas celui-ci, il est spécial… ».

–       Les anxieux : on peut aussi les appeler « gardeurs instrumentaux ». Ils cherchent à se rassurer en gardant les objets parce qu’« on ne sait jamais, ça peut  toujours servir ».

–       Les économiques : comme son nom l’indique, ce sont tous ceux qui prennent d’abord l’aspect économique en compte : l’objet a coûté quelque chose, alors on le garde. Point.

D’un point de vue sociologique

On constate que les personnes qui vivent seules conservent moins d’objets que les personnes en couple. Les femmes auraient également plus tendance à amasser que les hommes. Au niveau géographique, on trouve une concentration plus forte de garde d’objets en région parisienne malgré un manque de place plus grand que dans le reste de la France (allez comprendre…)

D’autre part, il existe aussi une différence entre les catégories socio-professionnelles. Les cadres ont tendance à davantage jeter comparés aux non-cadres. Et cela se voit souvent à la décoration intérieure : un intérieur épuré est davantage associé à la classe supérieure qu’un intérieur encombré, qui est plutôt relié à la classe moyenne.

D’où vient cette course aux objets ?

Minute historique. Jusqu’à  la Seconde Guerre Mondiale, nous possédions des objets pour leur utilité : si on achetait un nouvel objet, c’était simplement pour en remplacer un autre. Mais depuis les Trente Glorieuses nous accumulons les objets sur le modèle du « posséder pour se construire ».

Nous sommes dans une société de consommation à économie de marché, où l’on produit beaucoup et où l’on stocke beaucoup. Ce sont les bases du capitalisme où les entreprises jouent avec nos désirs pour nous faire acheter ce dont nous n’avons pas forcément besoin.

Acheter neuf est aujourd’hui un critère de réussite et le signe d’un certain statut social.  L’accumulation est donc une façon de se mettre en avant socialement. L’objet, vu comme un prolongement de soi, permet de se constituer un environnement sécurisant et il est souvent impensable d’y renoncer. Pourquoi ? Parce que les objets en viennent à constituer des preuves de notre propre existence. Voilà, vous êtes prêts à repasser le bac de philo !

L’ère du numérique

Vous pensez que le numérique et la fameuse “dématérialisation” viennent résoudre notre boulimie ? Pas du tout ! Notre époque tournée vers le numérique est, au contraire, très propice à l’accumulation. Il est devenu extrêmement facile de conserver un tas de données : on garde des milliers de mails et de photos sur son ordinateur sans jamais remettre en cause leur utilité.

De plus, la prolifération des sites de troc ou des sites comme Le Bon Coin favorise de manière significative cette accumulation d’objets : je peux bien acheter cet objet puisque je suis sûr(e) de pouvoir m’en débarrasser facilement et, même, d’en retirer un bénéfice.

Et pourtant, cette accumulation peut devenir problématique : comment concilier ce besoin d’objets avec la notion de développement durable ou la volonté de simplicité.

Quelles solutions contre un tel entassement ?

On constate depuis peu le développement du conseil en management de l’espace ou bien la multiplication des espaces de stockage. Les box de stockage et garde-meubles sont en plein essor et connaissent un fort taux de remplissage. Les personnes clientes de ces services n’en sont donc pas encore à lutter contre leur boulimie d’objets mais elles s’y adaptent, ce qui constitue déjà une première prise de conscience.

En effet, mettre ses affaires ailleurs que chez soi, c’est déjà accepter de s’en détacher un peu. Et quand cette démarche intervient, en plus, dans le cadre de l’économie collaborative, comme par exemple avec Costockage, elle permet une vraie prise de recul par rapport à la notion de possession.

Découvrir Costockage

Le refus de jeter provient aussi souvent de l’ignorance quant à comment jeter un objet. Il faudrait être informé du cycle de vie des objets afin de pouvoir s’en séparer plus facilement : l’information sur la gestion des déchets et leur tri est cruciale pour éviter de garder les objets. Rendre les systèmes de tri et de collecte pratiques et peu coûteux serait un bon moyen d’inciter les personnes à davantage jeter les objets dont elles n’ont plus besoin, tout en œuvrant pour la cause environnementale.

Mais la solution la plus simple, la plus économique et la meilleure pour la planète est aussi la plus évidente : arrêtons d’acheter autant de nouveaux objets ! Les solutions collaboratives permettent aux particuliers comme aux entreprises de partager facilement leurs ressources alors pourquoi ne pas s’orienter vers ce mode de consommation et s’éviter bien des problèmes ? Chez Costockage, nous sommes de fervents défenseurs de cette mentalité et nous espérons convaincre beaucoup d’autres personnes !

Pour aller plus loin : Valérie Guillard « Boulimie d’objets : l’être et l’avoir dans nos sociétés », 2014

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