Mois : mars 2013

Viens chez moi, je cuisine chez une copine

Viens chez moi, je cuisine chez une copine

            Le collaboratif touche désormais la plus grande partie des secteurs de l’économie. On peut dormir, habiter, louer, prêter, conduire, jardiner et même stocker entre particuliers. Il y avait donc toutes les raisons pour que la restauration intègre ce beau monde. Petit tour de table de la gourmandise à la sauce collaborative.

            La magie de la consommation collaborative réside dans sa capacité à toujours réinventer ce qu’on pensait vu et revu. Dans les concepts que nous avons identifiés, tout se joue sur le social. L’objectif est de se rencontrer, de cuisiner ensemble, de faire connaissance physiquement, loin de nos écrans d’ordinateurs qui sont devenus nos nouveaux outils de dating.

 

            1. Un Diner Presque Parfait

            Avant, si je voulais manger des plats mexicains, je devais me rendre chez un vendeur de burritos, guacamole et autres mets locaux. Aujourd’hui, il me suffit de me rendre chez un Mexicain. De nombreuses plateformes se sont développées ces dernières années (et notamment ces derniers mois) pour faire bouger les gastronomes des restaurants vers chez l’habitant.

            Chez les plus connus comme Live My Food, Beyond Croissant ou encore Cookening (ce dernier étant encore en version test), le concept est de se rendre chez un local pour déguster ses petits plats, notamment lorsqu’on est en voyage. Prenez quelques amis, inscrivez-vous sur l’un de ces sites, choisissez une table et une date, et vivez l’expérience d’Un Diner Presque Parfait (avec pour seules exceptions que vous ne devez pas réinviter l’hôte en retour… et que vous n’êtes pas filmés). Voulez Vous Diner s’est basé sur le même concept, en l’appliquant à la gastronomie française. Des hôtes transforment leur salle à manger en hall de brasserie, et il paraît que certaines tables valent vraiment le coup d’œil.

            Le dernier arrivé en date dans cet univers s’appelle Cook N Meet. C’est tout jeune, c’est tout frais, mais ça a l’air bien prometteur. Leur spécialité : mettre l’accent sur la rencontre, et proposer aux invités de participer à l’élaboration du diner. Plus besoin de se rendre au restaurant et de faire un crédit sur 6 mois pour rencontrer des gens !

 

            2. Faisons connaissance autour d’une bonne table

            Quand on est au bureau, et de surcroit quand son lieu de travail est loin de son domicile, on prend vite l’habitude de se nourrir de sandwiches triangle thon-œuf-mayonnaise. On pourrait manger un bon repas au restaurant, mais quand on est tout seul… COlunching s’attaque à ce problème, en organisant des repas au restaurant entre personnes partageant les mêmes centres d’intérêt. Sa mission : passer du modèle « sandwich + YouTube » à une formule « restaurant + nouveaux amis ». D’ailleurs, le site négocie des tarifs pour les COlunchers, ce qui permet de profiter d’une bonne table pour moins cher. Et d’ailleurs, c’est déjà 30 pays d’implantation. Et si le COlunch était en train de détrôner le Brunch ?

 

Costockage.fr, premier garde-meuble entre particuliers!

Assurance comprise! 

 

            3. « Fait maison », littéralement.

            Au restaurant ou chez le traiteur, on apprécie les plats « faits maison ». Mais on a aussi l’impression d’être floué. « C’est pas vraiment fait à la maison, hein ? »

            Super-Marmite, dont l’effigie est une marmite super héros, propose de se vendre des plats VRAIMENT faits maison entre particuliers. Si je cuisine un super tajine, autant en faire profiter tout le quartier (et mon porte-monnaie d’ailleurs, tant qu’à faire). Un bon cuisinier devient alors commerçant ; il est évalué et ses plats peuvent faire le buzz sur Internet. Tout y passe, du foie gras aux pommes sautées en sauce au classique gâteau chocolat-chocapic.

 

            Les lignes bougent, les tendances évoluent, et ça n’a pas l’air d’être en train de s’arrêter. Si on a oublié quelques ingrédients dans notre grosse marmelade collaborative (« si on a oublié des sites ou des concepts », pour ceux qui n’auraient qu’un degré à leur arc), ça se passe dans les commentaires. As usual.

Nous avons rencontré David Laval, fondateur de CityzenCar

Nous avons rencontré David Laval, fondateur de CityzenCar

David Laval a 34 ans. Après avoir fondé et dirigé Mobizen, filiale de Veolia, pour en faire une référence de l’auto-partage en France, David s’est lancé dans l’aventure CityzenCar. Autant vous dire que quand on discute consommation collaborative, David Laval sait de quoi il parle. Comme vous pouvez en juger.

Comment t’es venue l’idée de créer CityzenCar ?

L’idée de CityzenCar, c’est de prêter la voiture d’un voisin qui est disponible à un autre voisin qui en a besoin. C’est tellement simple et intelligent que beaucoup de gens l’ont eue, un peu partout dans le monde. De mon côté, je baigne dans la voiture partagée depuis 2007, année où j’avais cofondé le système d’auto-partage parisien Mobizen. Mais déjà à l’époque nous avions pensé : “pourquoi mettre une flotte en auto-partage alors qu’il y a déjà pleins de voitures disponibles : celles des gens !”. Sauf qu’en 2007, il était hors de question de lancer un tel service, c’était beaucoup trop utopique. Depuis, nous avons changé de monde, le web social a mis les utilisateurs au cœur d’Internet (Facebook…), l’éco-mobilité est devenue un enjeu (Autolib…) et la consommation collaborative a explosé comme phénomène de société. En 2011, nous avons décidé de concrétiser cette utopie en lançant CityzenCar. Mettre sa voiture au service de son voisin n’est pas seulement une démarche économique et/ou écologique, nous avons réalisé qu’il s’agissait avant tout d’un prétexte pour retisser du lien social entre voisins.

Internet regorge aujourd’hui de sites permettant à des particuliers de louer leur voiture. C’est quoi la spécificité de CityzenCar ?

CityzenCar en plus d’être l’un des pionniers sur le marché et de bénéficier d’une excellente notoriété dans le domaine, se différencie de deux façons. Tout d’abord, CityzenCar.com est une véritable plateforme sociale. Les membres ont un profil, on peut se connecter avec ses voisins via un “cercle de confiance” en vue de locations futures… Nous proposons une expérience plus proche de la communauté de voisinage que du site de petites annonces. Ensuite, CityzenCar propose une palette d’outils pour louer de façon plus sécurisée et/ou plus flexible, et nous pensons que ces outils sont les meilleurs du marché. Par exemple :
– L’assurance. Le site inclut une assurance tous risques parfaitement adaptée à la location de voiture entre particuliers. Cette assurance est un outil ultra professionnel et elle est fournie par une compagnie d’assurance qui est la référence sur le marché de la location de voiture. Elle couvre tous les conducteurs sans condition d’âge ou d’ancienneté du permis de conduire (oui, oui, les jeunes conducteurs sont acceptés). De plus, l’assurance inclut une assistance dépannage dès le premier kilomètre, sans condition d’âge sur le véhicule. C’est important parce que le coup de la panne, ce n’est pas amusant du tout, et encore moins si on doit payer la dépanneuse.
– La CityzenBox, qui est proposée aux propriétaires de voiture. C’est un petit boîtier électronique intelligent qui rend possible l’ouverture des portes de la voiture grâce à un téléphone portable. Le propriétaire n’a donc pas besoin d’être présent pour louer son véhicule, ce qui facilite la vie. Quand on ne connaît pas encore trop la personne qui emprunte sa voiture, on aime bien la voir, lui parler… Mais quand on commence à bien se connaître (voire si c’est un ami), on a peut-être mieux à faire que de poireauter à la voiture pour lui donner les clés. Par exemple, si un voisin veut la voiture un dimanche matin dès potron-minet et que le propriétaire souhaite rester au chaud chez lui en pyjama (histoire vécue !). De plus, le système permet au propriétaire de géolocaliser sa voiture, ce qui peut le rassurer dans sa démarche de location.

CityzenCar semble particulièrement fier de sa communauté d’utilisateurs. Qu’est-ce qui rend les Cityzens différents ?

C’est vrai, les Cityzens forment une communauté exemplaire dans le domaine de la consommation collaborative. Nous avons de quoi être fiers de rassembler des personnalités aussi riches et variées. Nous les mettons d’ailleurs régulièrement à l’honneur sur notre blog avec une série d’interviews que nous avons appelée “les Cityzens ont du talent”.
Ceci s’explique peut être grâce à différentes raisons :
– CityzenCar est un projet qui rassemble les gens autour de valeurs communes. En plus de permettre à la communauté d’utiliser l’automobile de façon plus intelligente, nous leur proposons de rencontrer leurs voisins, de recréer du lien social autour de chez eux et de découvrir les autres auto-partageurs qui vivent dans leur ville, village, quartier…
– Afin d’être au plus proche de nos utilisateurs, nous organisons aussi des soirées ou des déjeuners dans plusieurs villes de France (Lyon, Bordeaux, Le Mans…). Et à Paris, nous participons au COtuesday qui se déroule chaque deuxième mardi du mois. Ces rencontres nous permettent de découvrir nos utilisateurs et de leur prouver notre sérieux : ce qui a tendance à les rassurer et surtout à les impliquer d’avantage.
– Enfin, dans CityzenCar, il y a cette promesse de citoyenneté. Finalement, je pense qu’il n’est pas étonnant que nous rassemblions de plus en plus de gens qui ont répondu présents à cet appel.

Que réponds-tu à toutes les personnes qui ne manquent sûrement pas de te demander: « Et si quelqu’un me vole ma voiture ? Et si on s’en sert pour transporter de la drogue ? etc. »

C’est tout à fait normal de se poser ces questions et il ne faut pas les éluder. Nous n’avons pas le droit de répondre “ne vous inquiétez pas, tout ira bien”. La voiture a ceci de particulier qu’elle est un objet dangereux (une voiture devient une arme mortelle à partir de 30 km / heure) et un objet très réglementé (code de la route, code des assurances…). Bref, on a choisi un objet compliqué et on assume.
Concrètement, c’est parce qu’il y a ces risques que nous essayons d’être les plus complets et les plus professionnels sur la qualité des outils mis à disposition de nos membres (assurance…). CityzenCar, comme toute pratique collaborative, c’est toujours un acte de confiance, donc à un moment donné une prise de risque avec une autre personne. Nos outils sont là pour limiter au minimum les conséquences de ces risques.
De plus, la communication et la transparence sont importantes. Il y a tellement de “et si ?” que nous avons fait un centre d’aide collaboratif qui répertorie toutes les questions que chacun se pose, afin de rendre la réponse disponible à la communauté.

CityzenCar vient de fêter ses deux ans d’existence. Qu’est-ce qu’on se dit quand on regarde dans le rétroviseur ?

Avec aujourd’hui plus de 35.000 membres et 7.000 voitures inscrits sur le site en un an et demi, nous sommes vraiment heureux du chemin parcouru. Mais nous voyons aussi tout ce qu’il reste à faire, pour les 30 millions de voitures en France, dont 7 millions qui sortent moins de deux fois par semaine !

Avec un nom si bien taillé, c’est pour quand le grand départ à l’international ?

Oui, oui, on adore notre nom. Il résume parfaitement les valeurs de la communauté de civilité, de sérénité, et de sécurité. Être Cityzen, c’est être un citoyen de la communauté des gens qui veulent consommer la voiture de façon intelligente. Et effectivement il est complètement prêt à s’exporter, mais je ne peux encore rien vous dire là dessus. Je peux juste vous dire que dans l’équipe, on n’est pas trop mauvais en langues étrangères 🙂

On parle beaucoup du changement des habitudes de consommation, du recul de la possession au profit de l’accès, et ce dans beaucoup de secteurs. Tu y vois une tendance de crise ou un mouvement de fond ?

Les deux, probablement. Avant qu’on parle de consommation collaborative, l’idée d’une économie de la fonctionnalité où l’usage prime sur la possession date d’avant la crise. Mais effectivement, la crise est sans doute un catalyseur. Elle révèle tout ce que notre ancien modèle de consommation a de non-durable, parce qu’il génère une énorme dette financière et écologique. De ce point de vue, la crise et la consommation collaborative sont des opportunités.

Quel est ton top 3 de la consommation collaborative à la française ?

GuesttoGuest parce qu’on pratique principalement l’échange de maison pour nos vacances et que le fondateur est un ami. Sejourning parce que je préfère l’utiliser lors d’un déplacement pro en province plutôt que d’aller à l’hôtel. Colunching parce que je suis un gourmand et que l’équipe est ultra sympa et organise une soirée de la consommation collaorative une fois par mois : Cotuesday. L’espace de coworking Ici Montreuil parce que c’est nos voisins et qu’ils ont créé un outil formidable et exemplaire pour les entrepreneurs de la création. Enfin, j’ai un gros coup de coeur pour Voisin-âge qui démontre que les pratiques collaboratives peuvent être au service de la solidarité avant tout.
Zut, ça fait 5 sites 🙂

Serais-tu prêt à devenir Costockeur ?

J’adore l’idée de Costockage. Personnellement, je ne dispose pas d’une cave à partager, et j’essaie de ne pas trop accumuler d’affaires à stocker. Mais même en faisant ainsi, on a toujours des dilemmes. Par exemple, nous avons une collection de décorations de Noël qui grandit année après année et qui commence à devenir un peu encombrante. On essaie de partager tout ça au maximum au moment des fêtes avec la famille et les amis, mais inutile de dire que c’est impossible à louer entre particuliers pour éviter le gaspi (les affaires de Noël, on s’en sert à Noël et personne n’en voudra le reste de l’année). Bref, avis aux parisiens : je cherche un voisin qui voudrait bien stocker nos décos de Noël.

 

Je jouais avec l’idée…

Je jouais avec l’idée…

Je jouais avec l’idée de Costockage depuis un bout de temps déjà. A vrai dire, j’hésitais entre ça et créer une marque de vélo…  Mais trois choses étaient très claires pour moi :

1) je voulais créér une boîte (depuis l’avant-bulle internet et les photos de jeunes-startupers-en-baskets-devant-des-imacs-dans-des-lofts-à-San-Francisco).

2) Je voulais créer une boite avec un copain.

3) C’est pas facile de trouver un copain prêt à se lancer dans une histoire pareille.

L’idée de Costockage avait commencé avec les scouts (comme beaucoup de choses dans ma vie : les filles – lecteur, si toi aussi tu es scout, avoue – les amis, la prise de responsabilités…).
Un jour, avec mon groupe, on s’est fait virer du local qu’on utilisait pour stocker notre matériel. Or les scouts ont BEAUCOUP de matériel. On a demandé des devis dans des centres de self-stockage. En les recevant, on a hésité entre rire et pleurer. C’était tellement cher qu’on s’est demandé si les 10m2 qu’ils nous proposaient étaient bien à 30km de Paris, ou si c’était un loft Boulevard St-Germain.

Un copain venait d’emménager seul. Il louait un studio dont le bail comprenait un box de parking et une cave. Evidemment il n’avait pas de voiture et rien à stocker. Je lui ai demandé de nous louer l’ensemble. Il a accepté et on y a mis nos outils, nos tentes et notre vaisselle. Avec l’argent, il s’est payé un abonnement au stade.

L’idée était née, mais je n’imaginais pas le nombre de personnes qu’elle pourrait aider.

J’ai réalisé que contrairement à ce qu’on pense, il y a énormément d’espace disponible dans les villes. Mais comme toute ressource chère, elle est très mal distribuée parmi la population. Par exemple, il y a des caves dans la plupart des immeubles des grandes villes, un nombre incalculable de parents dont les enfants ont quitté le foyer laissant derrière eux des chambres vides, (…), des milliers de propriétaires de parking sans voiture à y garer…

Plus j’en parlais autour de moi, et plus j’entendais de récits de galère pour tous ces moments de la vie où on a besoin d’un peu d’espace en plus pour entreposer temporairement ses affaires. Pas étonnant que le marché du self-stockage grossisse de 15% par an.

C’est absurde : pourquoi construire des entrepôts (chaque année des dizaines de nouveaux bâtiments construits dans l’unique but d’abriter des objets plutôt que des gens), nous pousser à prendre notre voiture pour apporter nos affaires et, nous faire payer une fortune? Alors que dans la rue de chacun d’entre nous il y a sûrement quelques mètres carrés disponibles, qu’un voisin se ferait un plaisir de mettre à disposition pour arrondir ses fins de mois.

Un café un dimanche matin. Un ami de longue date qui me raconte qu’il en a marre de sa grande entreprise, de mettre des cravates et de bosser des nuits entières pour d’autres. Et me voilà en train de lui déballer ce que je viens de vous dire. Et d’ajouter que, pour ma part, pas question que je m’essaye à mettre un costard tous les matins.

Mickaël fait un de ces tours de passe-passe qu’on apprend dans les cabinets de conseil où on est capable de multiplier ou diviser par 10 la taille d’un marché sans en avoir l’air. On parle d’Airbnb, de Covoiturage et d’Etsy et de la beauté de ces entreprises qui permettent à des vrais gens de rendre de vrais services à d’autres vrais gens, et d’y gagner, tout en gaspillant moins de ressources. Il me dit qu’il va y réfléchir. Je me dis que c’est peut-être fini de jouer avec l’idée, que j’ai peut-être trouvé l’associé qui me manquait pour me lancer. Le lendemain il m’envoyait un message Facebook avec un plan de travail pour les semaines à venir. Vu le temps qu’il avait dû y passer c’était comme s’il avait déjà signé…

 

En exclusivité mondiale, la capture d’écran du plus long message Facebook du monde…

message fb micka